{"id":434,"date":"2012-10-04T17:26:08","date_gmt":"2012-10-04T20:26:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.artnaturemoncton.ca\/?p=434"},"modified":"2012-10-04T19:04:06","modified_gmt":"2012-10-04T22:04:06","slug":"434","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.artnaturemoncton.ca\/fr\/434\/","title":{"rendered":"Mardi 2 octobre"},"content":{"rendered":"<p>Mardi 2 octobre<\/p>\n<p>Enfin du soleil, de la lumi\u00e8re, du vent, de la couleur tout ce qu\u2019il faut pour faire une journ\u00e9e d\u2019automne magnifique.<\/p>\n<p>Comme d\u2019habitude je me suis rendu aux conf\u00e9rences du midi. Aujourd\u2019hui il s\u2019agissait de Serge Fisette dont le titre \u00abArt-nature et&#8230; vice versa\u00bb, titre fort \u00e9nigmatique, se traduisit par un parcours de l\u2019art nature \u00e0 l\u2019art dans la nature avec une \u00e9volution de l\u2019approche qu\u2019ont adopt\u00e9 divers artistes en ce qui a trait \u00e0 leur relation au milieu m\u00eame de la nature. L\u2019oeuvre de sculpteurs comme Henry Moore ou David Smith entretiennent ainsi des liens qui sont beaucoup plus d\u2019ordre environnemental que structurel ou formel. Smith dont les oeuvres en acier \u00e9taient abandonn\u00e9es aux intemp\u00e9ries atmosph\u00e9riques ou Moore qui, s\u2019inspirant de la nature pour ses formes, y voyait une sorte de refuge pour ses sculptures aux allures organiques ou anthropomorphiques.<\/p>\n<p>On arrive, un peu comme la veille avec B\u00e9n\u00e9dicte Ramade, au Land Art, ce moment crucial o\u00f9 le statut de la galerie se met \u00e0 vaciller mais la sculpture a toujours \u00e9t\u00e9 un peu en contrepoint de la galerie d\u2019art car elle comprend souvent, dans sa version monumentale, une appropriation de l\u2019espace public. Le land art se distingue de cette fonction en relation avec l\u2019utilisation d\u2019une mati\u00e8re intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 l\u2019oeuvre dans une volont\u00e9 de pr\u00e9sentation beaucoup plus que de repr\u00e9sentation. L\u2019\u00e9volution de cette activit\u00e9 se dirigera vers une sorte de militantisme revendiquant une utilisation plus ad\u00e9quate et une volont\u00e9 de conservation de la nature dans des oeuvres allant de l\u2019intrusion \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 et qui ont fait de la nature une sorte d\u2019extension de l\u2019\u00e9cologie dont les pr\u00e9occupations sont manifestes, vari\u00e9es mais presque toujours inqui\u00e9tantes.<\/p>\n<p>Fisette conclut sa conf\u00e9rence en faisait \u00e9tat du ph\u00e9nom\u00e8ne des symposiums, une activit\u00e9 assez nouvelle dont la popularit\u00e9 a surtout marqu\u00e9 la sculpture qu\u00e9b\u00e9coise beaucoup plus que la sculpture canadienne en g\u00e9n\u00e9ral. Il parle entre autres du Symposium international de sculpture, premier du genre en Am\u00e9rique du Nord, qui s\u2019est tenu en 1964 dans le Parc du Mont-Royal \u00e0 Montr\u00e9al. Il est assez int\u00e9ressant de penser que les francophones ont d\u00e9velopp\u00e9 cette approche conviviale et zon\u00e9e pour faire \u00e9tat de leur pr\u00e9occupation territoriale car la sculpture, dans sa version monumentale, n\u00e9cessite toujours une certaine s\u00e9curit\u00e9 environmentale pour se manifester. Fisette parle de diff\u00e9rentes interventions d\u2019ordre public dont la plus originale est sans doute ce groupe de sculpteurs itin\u00e9rants, dont a fait partie Andr\u00e9 Lapointe en d\u00e9but de carri\u00e8re, qui se d\u00e9pla\u00e7aient de localit\u00e9 en localit\u00e9 pour y effectuer des oeuvres qu\u2019ils abandonnaient ensuite aux diverses communaut\u00e9s qui les avaient accueillis.<\/p>\n<p>Suite \u00e0 la conf\u00e9rence je suis all\u00e9 voir les \u00abplantes parlantes\u00bb du groupe Sonocosme \u00e0 la Galerie d\u2019art Louise et Reuben Cohen. Je les avais d\u00e9j\u00e0 vues \u00e0 Halifax mais de les revoir dans un tout autre contexte m\u2019a fait un effet tr\u00e8s diff\u00e9rent de cette premi\u00e8re fois. Il y a quelque chose de fondamentalement anachronique entre cette version puisqu\u2019elle se retrouve pratiquement dans la noirceur, ce qui pour les plantes est assez paradoxal car elles ont besoin du soleil pour produire la photosynth\u00e8se dont elles ont besoin pour plusieurs fonctions, la plus importante \u00e9tant sans doute celle de la survie. Avec Denis Lanteigne, sculpteur qui prononcera demain une conf\u00e9rence, j\u2019ai partag\u00e9 ce souvenir d\u2019un documentaire vu il y a longtemps o\u00f9 on faisait \u00e9tat de la sensibilit\u00e9 des plantes \u00e0 notre pr\u00e9sence comme ce scientiste qui constata une tr\u00e8s grande anomalie dans l\u2019activit\u00e9 du senseur qu\u2019il avait pos\u00e9 sur une plante pour r\u00e9aliser que cette suractivit\u00e9 correspondait au moment m\u00eame o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait coup\u00e9 au doigt. Dans le m\u00eame documentaire, on disait que les arbres avoisinants entrent dans une grande frayeur lorsqu\u2019on abat les arbres autour d\u2019eux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette visite je suis all\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9, au Mus\u00e9e Acadien voir une exposition sur les Acadiennes de l\u2019Ile-du-Prince-Edouard. Essentiellement une s\u00e9rie de photos plus ou moins anciennes. Parenth\u00e8se plut\u00f4t \u00e9trange entre cette chronique de la survie et celle de l\u2019art nature et des probl\u00e8mes d\u2019esth\u00e9tiques qu\u2019il pose. Je ne sais pas tr\u00e8s bien o\u00f9 ces deux activit\u00e9s se rejoignent, les locaux de la Galerie et du Mus\u00e9e occupant le m\u00eame \u00e9difice, mais il me semble qu\u2019il y a un lien, un effet de collage, une vision post-moderne de la vie en Acadie entre tradition et modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Puis je me suis dirig\u00e9 vers le parc du mill\u00e9naire o\u00f9 ont lieu une grande partie des interventions de ce symposium. Je suis pass\u00e9 pr\u00e8s de Ned Bear que je n\u2019ai pas voulu d\u00e9rang\u00e9 tout occup\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait \u00e0 faire \u00e9merger une immense t\u00eate du tronc de l\u2019arbre qui portera \u00e0 jamais cette cicatrice, compensant et se d\u00e9formant au gr\u00e9 des saisons, transformant avec lui cette oeuvre organique et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui n\u2019aura plus jamais cette blancheur et cette fra\u00eecheur qu\u2019on peut encore lui voir \u00e0 l\u2019heure actuelle.<\/p>\n<p>Je suis pass\u00e9 pr\u00e8s du chantier de Bob Versheren qui poursuit l\u2019am\u00e9nagement de \u00abRena\u00eetre\u00bb l\u2019oeuvre qu\u2019il d\u00e9voilera dimanche prochain. L\u2019artiste y \u00e9tait en train de poser les cailloux bleus, venus d\u2019une carri\u00e8re de St-Jean au Nouveau-Brunswick et qu\u2019il dispose de mani\u00e8re \u00e0 cr\u00e9er une sorte de d\u00e9grad\u00e9 passant des plus grosses pierres aux plus petites donnant ainsi des effets de perspective assez impressionnant. Cette oeuvre, avec celle de Nils Udo et Francine Lariv\u00e9e, constitue la troisi\u00e8me permanente du parc c\u2019est \u00e0 dire de celles qui seront entretenues d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre afin de faire en sorte que la nature, dont le but ultime est de s\u2019infiltrer dans nos fragiles constructions, n\u2019envahissent pas les sites am\u00e9nag\u00e9s par ces artistes.<\/p>\n<p>Je suis retourn\u00e9 sur les lieux des deux autres oeuvres. Celle de Lariv\u00e9e fait maintenant l\u2019effet d\u2019une petite for\u00eat, une sorte de for\u00eat bonsai travers\u00e9e d\u2019un petit sentier d\u00e9limit\u00e9 par de grandes pierres dont l\u2019espacement correspond \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 celui d\u2019un pas d\u2019\u00eatre humain. Dans son projet original, le haut de ces arbres devaient \u00eatre tress\u00e9s pour produire une sorte de voute mais pour des raisons complexes il n\u2019ont pu l\u2019\u00eatre, ce qui donne \u00e0 l\u2019oeuvre cette allure d\u2019inach\u00e8vement qui lui donne un certain charme, la nature, encore l\u00e0 ayant eu gain de cause sur les projets auxquels elle r\u00e9siste. L\u2019oeuvre de Nils Udo quant \u00e0 elle, rappelle un peu la structure du nid qu\u2019on retrouve dans certaines de ses oeuvres depuis la fin des ann\u00e9es 70. On y voit cette volont\u00e9 de produire une sorte d\u2019espace r\u00e9duit, secret, s\u00e9curitaire contenue dans un enclos de v\u00e9g\u00e9tation dense et touffue qui isole le spectateur. Dans cet espace on retrouve trois immenses pierres, un peu hors contexte dans ce lieu prot\u00e9g\u00e9 o\u00f9 m\u00eame le son semble \u00eatre filtr\u00e9 par la v\u00e9g\u00e9tation. Depuis cette seule ouverture, par o\u00f9 l\u2019on entre et sort de cet am\u00e9nagement, on peut voir la ville, la circulation sur l\u2019autoroute cr\u00e9ant ainsi une rupture entre le bien-\u00eatre du lieu m\u00e9ditatif o\u00f9 l\u2019on se trouve et la ville au loin o\u00f9 l\u2019on s\u2019affaire comme toujours dans une course qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec la nature.<\/p>\n<p>Poursuivant mon p\u00e9riple je me suis dirig\u00e9 vers la ruelle Cl\u00e9ment Cormier o\u00f9 Gilbert Leblanc s\u2019affairait \u00e0 cr\u00e9er un autre labyrinthe ou peut-\u00eatre voulait-il consolider celui qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 mis en place. La structure consiste \u00e0 couper les grandes herbes qui poussent dans le marais afin d\u2019en faire des lignes regroup\u00e9es en une structure qui dessine un labyrinthe que je me suis moi-m\u00eame amus\u00e9 \u00e0 parcourir pour me rendre compte que je ne m\u2019en sortirais pas. J\u2019ai ainsi abandonn\u00e9 l\u00e2chement une \u00e9nigme que je m\u2019\u00e9tais pourtant promis de r\u00e9soudre. Il faudra que j\u2019y retourne. L\u2019oeuvre de LeBlanc est sans doute celle qui se rapproche le plus d\u2019une sorte de purisme de l\u2019art nature qui, selon moi, est beaucoup repr\u00e9sent\u00e9 par Andy Goldsworthy, au sens o\u00f9 pour lui l\u2019oeuvre proc\u00e8de de sa pr\u00e9sence, de son intervention ou de sa collaboration avec le paysage ambiant. \u00abChaque oeuvre grandit, demeure et se d\u00e9compose\u00bb selon les mots de Goldsworthy dont la d\u00e9marche singuli\u00e8re s\u2019\u00e9loigne maintenant de cette volont\u00e9 de faire des oeuvres dont l\u2019organicit\u00e9 se retrouve dans une relation symbiotique \u00e0 la nature.<\/p>\n<p>Puis je me suis dirig\u00e9 vers la roulotte de Jean-Denis Boudreau qui, dans sa combinaison blanche bard\u00e9e de sur-v\u00eatements de protection noirs fait l\u2019effet d\u2019un soldat ou d\u2019un sportif de haute voltige. Il y a un peu de ces deux fonctions dans l\u2019oeuvre qu\u2019il est en train de produire qui consiste \u00e0 \u00abd\u00e9fricher\u00bb la terre au moyen d\u2019un tout terrain (d\u2019o\u00f9 les sur-v\u00eatements de protection) afin de pouvoir y ensemencer des graines qu\u2019il va projeter dans la terre au moyen d\u2019un instrument servant normalement \u00e0 lancer des \u00abpaint balls\u00bb. Oeuvre \u00e0 la fois ludique, th\u00e9\u00e2trale, cin\u00e9matographique, visuelle, complexe et post-moderne qui donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les trafficotages dont l\u2019agriculture fait pr\u00e9sentement les frais, notre rapport \u00e0 l\u2019alimentation, \u00e0 la terre qui lui tient toujours lieu de support sont ici explor\u00e9s avec une volont\u00e9 satirique et critique de nous faire r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019absurdit\u00e9 de notre rapport fauss\u00e9 \u00e0 la nature.<\/p>\n<p>Remontant le parc en longeant l\u2019avenue Donald, la chaleur et la beaut\u00e9 du paysage me font penser, en voyant une \u00e9tendue de fleurs violettes dont je ne connais pas le nom, aux impressionniste qui les premier quitt\u00e8rent leur monde prot\u00e9g\u00e9 pour s\u2019aventurer dans le monde impr\u00e9visible et inconfortable de la nature. Je cueille une branche de ces fleurs dont je ne connais pas le nom pour m\u2019informer de leur nom aupr\u00e8s de quelqu\u2019un de connaissant mais je ne trouverais personne et la branche va s\u00e9cher sur le si\u00e8ge avant de ma voiture sans que j\u2019en sache beaucoup plus. Rendu au haut de la colline je bifurque \u00e0 nouveau vers la gauche pour me retrouver pr\u00e8s du tronc d\u2019arbre sans \u00e9corce o\u00f9 Paul Griffin et un assistant sont en train d\u2019y planter des milliers de clous galvanis\u00e9s. Une fois l\u2019oeuvre compl\u00e9t\u00e9e, les clous vont recouvrir toute la surface donner au tronc une allure luisante o\u00f9 l\u2019organique et le m\u00e9tallique vont se confronter dans un lien aussi \u00e9trange que sophistiqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Je repasse \u00e0 nouveau devant l\u2019oeuvre de Ned Bear qui cette fois est en conversation avec une jeune fille dont le nom est Josianne, bout de conversation que j\u2019\u00e9coute malgr\u00e9 moi et qui s\u2019estompe tranquillement dans l\u2019air frais d\u2019une fin de journ\u00e9e magnifique \u00e0 mesure que je m\u2019approche de ma voiture. Je rentre chez moi \u00e0 la campagne loin du b\u00e9ton et du bruit, m\u00eame si Moncton n\u2019est pas la m\u00e9galopolis dont parle les \u00e9critures il reste que compar\u00e9 au silence quasi total de la nature qui m\u2019entoure, il y a quand m\u00eame un contraste \u00e9vident.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mardi 2 octobre Enfin du soleil, de la lumi\u00e8re, du vent, de la couleur tout ce qu\u2019il faut pour faire une journ\u00e9e d\u2019automne magnifique. Comme d\u2019habitude je me suis rendu aux conf\u00e9rences du midi. 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