{"id":293,"date":"2012-09-29T17:46:09","date_gmt":"2012-09-29T20:46:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.artnaturemoncton.ca\/?p=293"},"modified":"2012-09-30T09:50:46","modified_gmt":"2012-09-30T12:50:46","slug":"il-pleut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.artnaturemoncton.ca\/fr\/il-pleut\/","title":{"rendered":"Il pleut"},"content":{"rendered":"<p>Samedi 29 septembre &#8211; il pleut.<\/p>\n<p>Je dis il pleut car la pluie est un ingr\u00e9dient totalement inesp\u00e9r\u00e9 dans un contexte comme celui-ci. Il est d\u2019ailleurs assez significatif et ironique de constater que la pluie qui nous a fait si cruellement d\u00e9faut cet \u00e9t\u00e9 soit au rendez-vous cet automne. La terre a soif c\u2019est un fait mais encore l\u00e0 tout est relatif puisque ceux qui se complaisent au soleil ne trouvent pas \u00e7a tr\u00e8s amusant. Pour un symposium d\u2019art nature au tout d\u00e9but de sa troisi\u00e8me \u00e9dition c\u2019est un \u00e9l\u00e9ment plut\u00f4t contraignant \u00e0 la fois pour les artistes et pour le public qui ne pourra se rendre sur les lieux \u00e0 moins de faire preuve d\u2019un engagement h\u00e9ro\u00efque, engagement qui se reportera sans doute sur la visite des galeries car aujourd\u2019hui c\u2019est sans doute ce qui retient l\u2019attention. Entre une galerie bien chauff\u00e9e et faisant partie d\u2019un parcours annuel qui attire de plus en plus l\u2019attention, la choix semble s\u00fbrement tr\u00e8s p\u00e9nible \u00e0 effectuer.<\/p>\n<p>L\u2019environnement sonore de Michel Desch\u00eanes et Richard Gibson a d\u00fb \u00eatre remis \u00e0 la semaine prochaine, mardi apr\u00e8s-midi en fait, \u00e0 la condition que dame nature se donne la peine de fermer le robinet qu\u2019elle a l\u2019intention de laisser ouvert toute la fin de semaine et m\u00eame lundi \u00e0 ce qu\u2019en disent les proph\u00e9ties d\u2019environnement Canada.<\/p>\n<p>Tout n\u2019est quand m\u00eame pas perdu puisque le cycle des conf\u00e9rences a d\u00e9but\u00e9 ce midi, en fran\u00e7ais du moins, avec l\u2019intervention de Bill Vazan (Prix Borduas 2010) , l\u2019un des pionniers du land art au Canada, qui a surtout insist\u00e9 sur ses travaux en relation avec le th\u00e8me de la nature car il y a une diff\u00e9rence entre land art et art nature, diff\u00e9rence dans le temps mais aussi au niveau esth\u00e9tique car dans le premier cas il s\u2019agissait surtout de sortir de la galerie pour produire dans le vaste monde des oeuvres qu\u2019on y ramenait ensuite sous forme de constats photographiques \u00e0 l\u2019effet que l\u2019oeuvre avait bel et bien eu lieu. En ces ann\u00e9es pr\u00e9-photoshop la photographie tenait encore lieu de preuve absolue.<\/p>\n<p>Les oeuvres du land art sont souvent des exploits qui, sans l\u2019aide de la machinerie lourde n\u2019auraient sans doute jamais vu le jour. Ainsi lorsque Michael Heizer, en 1969, d\u00e9place 240,000 tonnes de ryolite et de shiste dans le d\u00e9sert du N\u00e9vada pour cr\u00e9er une tranch\u00e9e de 1500 x 50 x 30 pieds de profondeur, on s\u2019entend qu\u2019il n\u2019aurait jamais pu r\u00e9aliser un tel exploit sans l\u2019aide de bulldozer ou de pelles m\u00e9caniques. L\u2019empreinte environnemental pour ces artistes \u00e9tait aussi souvent n\u00e9gligeable. Lorsque Robert Smithson (Asphalt Rundown) d\u00e9verse une quantit\u00e9 impressionnante de bitume le long d\u2019une c\u00f4te rocheuse \u00e0 Rome en Italie, il s\u2019int\u00e9resse sans doute plus au r\u00e9sultat visuel qu\u2019\u00e0 l\u2019impact \u00e9cologique.<\/p>\n<p>Michael Heizer, Double Negative, 1969<\/p>\n<p>Il en va tout autrement de l\u2019art nature qui vise \u00e0 faire des interventions en utilisant principalement des mat\u00e9riaux trouv\u00e9s sur place. Si l\u2019on compare le travail d\u2019artistes tels que Nils Udo ( dont on peut voir l\u2019une des oeuvres dans le parc \u00e9cologique o\u00f9 se tient le symposium) ou d\u2019Andy Goldsworthy on se rend compte de la diff\u00e9rence d\u2019esth\u00e9tique qui s\u00e9pare ces deux mouvements. L\u2019art nature plus orient\u00e9 vers le romantisme et sa notion du sublime, vise \u00e0 une r\u00e9conciliation avec une vision plus proche d\u2019enjeux environnementaux dont nous n\u2019avons pas fini d\u2019entendre parler. Le th\u00e8me de ce symposium ax\u00e9 sur le concept de l\u2019\u00e9nergie en est une preuve manifeste car si nous avons besoin d\u2019\u00e9nergie nous devons aussi nous poser la question d\u2019une r\u00e9conciliation n\u00e9cessaire entre la nature qui jusqu\u2019aux \u00e9nergies fossiles avait toujours pourvu \u00e0 nos besoins. Le 20e si\u00e8cle, qui s\u2019est voulu celui de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration, est venu brouiller les cartes \u00e0 ce sujet en nous pla\u00e7ant dans un dilemme que nous n\u2019avons pas fini de revisiter. Comme toujours l\u2019art, avec sa facult\u00e9 d\u2019innovation, son sens intuitif des solutions, peut contribuer ou tout au moins nous aider \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et \u00e0 red\u00e9finir ces enjeux.<\/p>\n<p>Andy Goldsworth, Cherry Leaves, 1986<\/p>\n<p>Tout ceci est un assez grand d\u00e9tour pour revenir \u00e0 Bill Vazan dont les premi\u00e8res oeuvres de land art remontent \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante, soit \u00e0 la grande \u00e9poque de cet \u00e9cole dont les principaux repr\u00e9sentants, du moins ceux qui jusqu\u2019ici ont trouv\u00e9 leur chemin dans les manuels d\u2019histoire de l\u2018art, se retrouvent aux \u00c9tats-Unis. Bill Vazan est l\u2019un des rares \u00e0 avoir pressenti l\u2019importance et l\u2019originalit\u00e9 de cette \u00e9cole et \u00e0 l\u2019avoir int\u00e9gr\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 son travail. Parmi les photos des oeuvres qu\u2019il a choisi de montrer, je retiens celle d\u2019un trac\u00e9 reliant diverses galeries d\u2019importance au moyen de lignes qui rendent compte de la bifurcation qui les relient entres elles. Cette oeuvre, \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019internet n\u2019existait pas, a n\u00e9cessit\u00e9 deux ans de tractations et de correspondance. La carte tient compte du trac\u00e9 projet\u00e9 et du trac\u00e9 effectu\u00e9 car il a fallu r\u00e9duire le projet faute de temps et d\u2019interlocuteurs, Vazan ne parlant que l\u2019anglais et le fran\u00e7ais. \u00c9videmment on retrouve dans cette oeuvre l\u2019influence de Dennis Oppenheim, cet artiste majeur dont la somme et l\u2019extraordinaire parcours n\u2019ont pas fini de nous impressionner. Apr\u00e8s la conf\u00e9rence j\u2019en fait la remarque \u00e0 Vazan qui me dit que oui, peut-\u00eatre, l\u2019utilisation des cartes constituant l\u2019un des mat\u00e9riaux de pr\u00e9dilection du travail d\u2019Oppenheim, mais qu\u2019en fait tout se tient dans le monde de l\u2019art. Il me ram\u00e8ne ainsi \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a pas de g\u00e9n\u00e9ration spontan\u00e9e, id\u00e9e avec laquelle je suis fondamentalement d\u2019accord.<\/p>\n<p>Autre oeuvre \u00e0 l\u2019autre bout du spectre en fait puisque ce travail n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 c\u2019est cette utilisation qu\u2019il compte faire de mat\u00e9riaux recueilli un peu partout au cours de ses nombreux voyages et qu\u2019il a l\u2019intention de m\u00e9langer \u00e0 une base acrylique pour l\u2019appliquer de mani\u00e8re directe sur du papier. L\u2019eau a toujours constitu\u00e9 un th\u00e8me important de l\u2019oeuvre de Vazan puisqu\u2019on en retrouve le mouvement dessin\u00e9 au jet de sable sur de nombreuses pierres qu\u2019il a expos\u00e9 un peu partout. Il aime l\u2019id\u00e9e du papier qui ob\u00e9it \u00e0 l\u2019eau. Le fait d\u2019utiliser cette mati\u00e8re allant du sable aux excr\u00e9ments de lama qu\u2019il a recueilli lors d\u2019un voyage \u00e0 Machu Picchu, devient pour lui une mati\u00e8re qui agit un peu \u00e0 la mani\u00e8re du pigment qu\u2019on m\u00e9lange \u00e0 un liant quelconque pour en faire de la gouache, de l\u2019aquarelle ou de la peinture. Certains souvenirs, comme des pierres seront pulv\u00e9ris\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 les incorporer \u00e0 la base acrylique. Il y a quelque chose de magique au sens puissant du terme dans cette entreprise car au lieu d\u2019inclure de la couleur on retrouve ici une volont\u00e9 de conserver la m\u00e9moire, le temps ou l\u2019\u00e9motion. Il a ainsi produit 200 de ces oeuvres qu\u2019il ne voit pas comme de la peinture puisqu\u2019il n\u2019utilise pas les instruments traditionnels de la peinture mais plut\u00f4t comme une application directe sur un support papier avec une cuill\u00e8re, \u00e9crivant le titre comme \u00abtiannamen square\u00bb au moyen de son doigt, essayant le plus possible de faire en sorte que l\u2019image ou l\u2019objet soit le r\u00e9sultat d\u2019une op\u00e9ration plut\u00f4t que d\u2019une organisation spatiale quelconque comme c\u2019est souvent le cas en peinture.<\/p>\n<p>Dans toutes ces oeuvres la photo devient un \u00e9l\u00e9ment primordial non seulement comme trace, comme souvenir, mais aussi comme documentation, ce qui laisse place \u00e0 une r\u00e9conciliation avec une certaine esth\u00e9tique au-del\u00e0 du simple accident ou de la dimension al\u00e9atoire de l\u2019entreprise. Parmi les oeuvres plus ax\u00e9es sur la photographie on se souvient des vues p\u00e9riph\u00e9riques qui font parfois penser \u00e0 des toiles cubistes dans leur volont\u00e9 \u00e0 inclure plusieurs dimensions bien qu\u2019ici ces \u00abvues\u00bb font surtout appel \u00e0 une organisation rigoureuse de l\u2019espace et de l\u2019appareil photo comme outil d\u2019enregistrement.<br \/>\nBill Vazan, A Smaller World<\/p>\n<p>Il est toujours int\u00e9ressant et fascinant de constater un travail qui s\u2019\u00e9labore sur une longue p\u00e9riode de temps et il est bien \u00e9vident qu\u2019il est impossible de r\u00e9sumer non plus que d\u2019appr\u00e9cier une oeuvre qui s\u2019\u00e9tend sur une aussi longue p\u00e9riode. Immanquablement on en vient \u00e0 penser aux lieux o\u00f9 nous-m\u00eames nous \u00e9tions lorsque telle oeuvre a vu le jour. La fin des ann\u00e9es soixante dix par exemple. J\u2019\u00e9tais \u00e9tudiant \u00e0 Mount Allison et mon professeur pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9tait Colin Campbell qui deviendra c\u00e9l\u00e8bre par la suite comme l\u2019un des pionniers de l\u2019art vid\u00e9o au Canada. Je me souviens que, pour un de mes projets de sculpture, j\u2019avais vaporis\u00e9, un m\u00e9lange de peinture mauve sur une assez grande surface de neige. Mais c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je ne documentais rien. Ce qui, heureusement, n\u2019est pas le cas de Vazan, visiblement mal \u00e0 l\u2019aise avec la technologie. \u00c0 la fin de notre court entretient, en regardant les livres qu\u2019il a apport\u00e9 et qu\u2019il va donner \u00e0 Andr\u00e9 Lapointe pour qu\u2019il les remette \u00e0 la biblioth\u00e8que il me fait part qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re encore lire sur du papier d\u2019o\u00f9 l\u2019importance des livres mais nous sommes tous deux conscients qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne de g\u00e9n\u00e9ration. Entre temps il y a la nature qui continue d\u2019exister comme toujours et qui nous pose sans cesse la m\u00eame \u00e9nigme, une question \u00e0 laquelle il n\u2019y aura peut-\u00eatre jamais de r\u00e9ponse valable mais qui est au centre de nos pr\u00e9occupations et \u00e0 laquelle les artistes essaient depuis toujours de donner un sens ou tout au moins une forme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samedi 29 septembre &#8211; il pleut. Je dis il pleut car la pluie est un ingr\u00e9dient totalement inesp\u00e9r\u00e9 dans un contexte comme celui-ci. Il est d\u2019ailleurs assez significatif et ironique de constater que la pluie qui nous a fait si cruellement d\u00e9faut cet \u00e9t\u00e9 soit au rendez-vous cet automne. 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